Chien qui tire en laisse : que faire ?
Alexandre Ellert
L'essentiel
Un chien qui tire en laisse a appris que tirer fait avancer. Pour le désapprendre : une laisse fixe, un maître qui s'arrête ou change de direction dès que ça se tend, et des règles qui ne changent pas. Mais d'abord, laissez-le dépenser son trop-plein d'énergie.
Uskah, ma Malinoise, a encore tendance à tirer en début de balade. Voici comment je fais avec elle, et ce que j'ai fait quand elle était chiot.
Pourquoi votre chien tire
Chaque fois qu'il tire et que vous avancez, il gagne : il va là où il voulait aller. Il apprend donc que tirer, ça marche. Ajoutez à ça un trop-plein d'énergie, l'excitation de sortir, une odeur, un autre chien, et la promenade devient un bras de fer.
La bonne nouvelle, c'est que ce qui s'apprend se désapprend. À une condition : la cohérence. Un seul jour où vous le laissez tirer, et il retentera sa chance le lendemain.
D'abord, laissez-le se dépenser
Au départ, Uskah n'a pas encore évacué son trop-plein d'énergie. Lui demander de marcher parfaitement au pied pendant les cinq premières minutes, ce serait trop lui demander. Alors je suis un peu plus tolérant au départ, et dès que possible, je la détache dans un endroit où elle peut courir.
Avec un chiot, c'est encore plus vrai. Quand Uskah était petite, je privilégiais la longe, et je commençais la marche en laisse sur le chemin du retour, une fois l'énergie dépensée. En laisse dès la sortie de la maison, c'était l'échec assuré. La longe, c'est aussi l'outil du rappel.
Ne laissez jamais la tension s'installer
- Arrêtez-vous net dès que la laisse se tend, et attendez qu'elle se détende avant de repartir : tirer ne mène nulle part.
- Changez de direction sans prévenir : il devra vous suivre, et apprendra à surveiller vos déplacements plutôt qu'à foncer devant.
- Restez cohérent : les mêmes règles à chaque sortie, et pour toute la famille.
Si Uskah ne fait pas attention à moi quand je m'arrête ou que je tourne, et continue de foncer tout droit, elle a droit à une légère saccade. Après, elle est nettement plus attentive à mes déplacements. Et je n'attends pas que ça tire : dès que ça commence à se tendre, ce petit rappel à l'ordre la fait ralentir. Uskah sait que je déteste qu'elle me tire comme un vulgaire boulet.
Cette saccade vient sur un chien qui connaît la règle : jamais sur un chiot, jamais sur un chien qui réagit par peur. J'explique quand et comment je l'utilise dans mon article sur les marqueurs en éducation canine.
La saccade fait partie de ma méthode, avec ses règles : le chien doit savoir ce qu'on attend de lui, jamais sur un chiot, jamais sous le coup de l'émotion. Tout est dans mon article sur les marqueurs en éducation canine. C'est ma pratique, pas un consensus : d'autres éducateurs la contestent.
« Doucement » : un mot qui s'apprend à part
Ne dites jamais « doucement ! » quand votre chien tire : vous associeriez le mot à l'inverse de ce que vous voulez. Je l'ai appris à Uskah avec sa balle. Je la lance, puis on marche ensemble vers elle, en laisse, exprès au ralenti : « doucement ». Quand elle suit bien, « C'est bien ». Et sur les derniers mètres, je lâche la laisse : « C'est bon », elle court chercher sa balle.
Aujourd'hui, en promenade, je dis « doucement » avant que ça tire, ou au tout premier signe. Elle aussi sait reconnaître cette tension qui arrive : elle connaît la longueur de sa laisse par cœur.
Au pied ou laisse détendue : deux mots, deux façons de marcher
Avec Uskah, j'utilise deux mots, et rien d'autre : « Au pied » pour la marche stricte, « On y va » pour la marche détendue. Ils servent à changer de mode de marche, sans récompense.
- La marche détendue, c'est la plupart du temps : elle va et vient, renifle, tant que la laisse ne se tend pas. Une règle facile à comprendre pour un chien.
- Le pied strict, c'est ponctuel : traverser la route, un passage étroit avec du monde, croiser un autre chien.
Pourquoi pas au pied tout le temps ? Parce que ça demande beaucoup de concentration : se caler sur mes pas, suivre quand j'accélère, ralentis ou tourne. Trop longtemps, le chien fatigue mentalement, et finit en échec. Une ville entière au pied, je ne le tenterais pas.
Quand il voit un autre chien
En principe, « Au pied » pour le croisement ; si l'espace est large, on reste en marche détendue. Croiser un autre chien, c'est censé être banal : ça fait partie du décor.
Le pied a aussi une autre raison : un Malinois, ça impressionne. En voyant Uskah au pied, le maître d'en face est rassuré : il voit qu'elle écoute bien, et que le croisement ne risque pas de dégénérer.
Je ne change pas de trottoir. Un chien calme, tenu en laisse par son maître, n'est pas un danger. Uskah n'a qu'à me faire confiance et suivre, et moi je reste détendu. Si la tension est vraiment trop forte pour elle, je garde un peu de distance, sans passer juste à côté. Mais je ne lui donne pas raison en m'écartant franchement d'un danger imaginaire. Tant qu'elle ne fonce pas, tout va bien. Si elle part, je m'interpose aussitôt entre elle et l'autre chien, et on reprend notre chemin.
Ça demande d'être sûr de soi, d'avoir le bon timing et de rester parfaitement calme. Si vous débutez, changer de trottoir reste un bon réflexe : votre stress passerait par la laisse, et renforcerait sa crainte.
Et pas de « bonjour » entre chiens tant qu'on est en laisse : ça part vite en jeu, les laisses s'emmêlent, et les voitures passent à côté. Pour jouer entre chiens, il y a les parcs.
Collier, harnais, laisse : le bon matériel
- Pendant l'apprentissage, un collier plat, jamais étrangleur : le chien sent mieux la tension au cou, et la petite saccade, si besoin, y est plus efficace.
- Une laisse de longueur fixe : votre chien connaît la limite, et sent venir la tension toujours à la même distance. Évitez la laisse élastique, qui brouille le signal de la fin de laisse, et encore plus la laisse à enrouleur, qui bloque au hasard, quand le maître décide d'appuyer sur le bouton.
- Ensuite, si vous passez au harnais : le harnais anti-traction, avec l'attache sur le poitrail pour la marche en laisse, et l'attache sur le dos avec une longe dans les espaces ouverts.

Cette fixation au niveau du thorax aide aussi un chien adulte qui a été habitué à tirer : elle casse ses habitudes. Mais à une condition : que vous vous impliquiez. Un anneau sur le poitrail ne règle pas un problème de fond comme par magie. Pour bien choisir, voyez les critères pour choisir un harnais.
Une fois le travail fait avec une laisse fixe, la laisse élastique a toute sa place : il restera toujours de petites tensions par-ci par-là, elle viendra les gommer, pour des balades très fluides. Et si vous n'avez pas le temps, ou pas l'envie, de reprendre la marche en laisse de zéro, elle amortira les à-coups, pour vous comme pour lui. Mais elle atténuera le problème, sans le régler.
Mon chien est ingérable en laisse : par où reprendre
Reprenez au début, et dans l'ordre : d'abord la dépense, puis la laisse au calme, en fin de balade, par séances courtes. Une laisse fixe, les trois réflexes, et la même rigueur à chaque sortie. Et si son comportement devient dangereux, pour vous ou pour les autres, faites-vous aider par un éducateur canin.